Alain Weil, invité du master MCE

Alain Weil, invité du master MCE

Compte rendu des échanges avec Alain Weil, Président directeur général du groupe NextRadio TV.

1 – DE VOTRE JEUNESSE A NRJ :

Dans un premier temps, nous avons questionné Alain Weill sur sa passion pour les médias. En effet, c’est le livre Vingt ans ça suffit de Maurice Siegel qui a réveillé en Alain Weill une passion sans fin pour le monde de l’information. Travailler dans le monde des médias est, selon lui, un « très beau métier », permettant « d’informer le public [mais aussi] être associé à tous les évènements du monde entier ». C’est d’ailleurs par la radio qu’Alain Weill a démarré dans ce milieu, s’amusant à faire des émissions radios avec un magnétophone.

Initialement attiré par le monde du journalisme, il entre finalement dans le monde des affaires dans la radio et l’audiovisuel. Tout débute ainsi chez Europe 1, par un stage lors de son MBA qu’il a mené à HEC. A l’époque, le groupe Europe 1 est en pleine transformation : il souhaite migrer vers un groupe TV. Un bel exemple de développement qu’Alain Weill mettra en pratique tout au long de sa carrière. Il précise d’ailleurs : « Tout ce que j’ai fait à Europe 1, je l’ai ensuite proposé à d’autres entreprises ». Peu de temps après, Alain Weill décidera d’animer pendant plusieurs mois une radio libre étudiante parisienne Radio Cocktail, fondée en Janvier 1981 à Paris.

A la suite de ses multiples expériences, Alain Weill décide alors de créer sa société de conseil WMC associé avec un ancien camarade d’HEC, qui deviendra plus tard WRMC, un nom qui prendra tout son sens quelques années plus tard. Mais l’activité de la société s’arrête brusquement suite au départ de son associé.

De cet échec, Alain Weill va aussi vite rebondir en se recentrant sur sa passion pour la radio. Il décide alors de candidater pour un poste au sein de la station de radio NRJ, en écrivant notamment à Jean-Paul Baudecroux. A cette époque, Alain Weill n’a encore que 24 ans, mais plein d’ambitions. Tout s’enchaîne pour Alain Weill, qui débutera sa carrière au sein de NRJ 5 jours seulement après avoir passé son entretien d’embauche. Une expérience forte, qui lui permettra d’en apprendre toujours plus sur le monde médias : « ça fonctionnait un peu comme une start-up, on pouvait avoir de grosses responsabilités très vite. On apprenait au fil du temps. C’était très stressant mais ce fut une formidable expérience ».

2 – L’HOMME ENTREPREUNEUR :

Quel a été le moteur de votre ascension rapide au sein du groupe NRJ ?

C’est d’abord l’envie de se faire plaisir, d’avoir une détermination suffisante pour avoir envie de faire ce qu’on fait. Je ne l’ai pas forcément fait pour l’argent, surtout au début.

Depuis le début de votre carrière vous montrez un certain goût pour la prise de risque comme le fait d’avoir créé votre propre société de conseil si jeune…

Je ne considère pas cela comme une prise de risque mais une volonté de contrôler mon destin. Il ne faut pas forcement écouter tous les conseils et être déterminé. Je voulais maîtriser mes propres choix. Aujourd’hui, la révolution digitale offre beaucoup de possibilités. Il faut plus cibler les start-up plutôt que les grands groupes. Je considère qu’il y a beaucoup d’opportunités pour monter une start-up.

Vous avez contribué au développement de NRJ, pourquoi l’avoir quitté une première fois ?

La première période chez NRJ était hyper stressante, très intense. Je travaillais de 8h à 22h ce qui était fatiguant. J’avais beaucoup de responsabilité donc lorsque l’on m’a proposé un autre travail, chez Sodexo, j’ai accepté. Seulement, dès le premier jour je me suis dit que j’avais fait une « connerie ». J’y suis pourtant resté un an puis je suis retourné chez NRJ comme Directeur Général suite à la mort de mon prédécesseur. C’était alors une période intense de développement.

Un tournant de votre carrière a lieu à l’année 2000, alors que vous avez un poste haut placé chez NRJ vous décidez de créer votre propre groupe, NextRadio en rachetant RMC, pourquoi ?

RMC était une radio privatisée par Pierre Fabre en 1998 et mise en vente au bout de 2 ans. J’ai choisi de racheter RMC plutôt que de passer par NRJ car cela facilitait les affaires, c’était donc une nouvelle aventure entrepreneuriale. Pour moi ce n’était pas une simple radio mais plutôt l’image d’une grosse station, une forme de rêve. Cette radio diffusait a perte depuis 20 ans c’était donc aussi un gros challenge. Mon objectif à ce moment était de faire de RMC une radio talk.

Vous avez donc changé complètement la ligne éditoriale de la radio en la recentrant sur 3 thèmes : l’information, le débat et le sport, pourquoi ce choix ?

Je suis parti du constat qu’en France l’offre des radios était très segmentée : Soit les radios étaient musicales, soit c’était du talk. A la première émission de RMC nous n’avions pas d’appels, les chroniqueurs ont été obligés de demander à leurs épouses d’appeler mais une fois le nouveau format lancé, les audiences se sont développées. Le coup de poker que nous avons réalisé est l’obtention des droits exclusifs de la coupe du monde 2002, les équipes se sont alors soudées et il y avait alors de vrais arguments commerciaux auprès des annonceurs.

Vous avez ensuite eu la réputation d’un « sauveur d’entreprise « notamment avec le rachat de BFM radio, comment avez-vous fait ?

Dans la foulée de la coupe du monde, j’ai lu le livre « do more with less » et y ai trouvé des idées fortes de concept de challenger :

  • –  Il faut toujours être le numéro 1 de quelque chose
  • –  Il faut être en rupture et ne pas imiter

En 2004, RMC est redressée et BFM radio est sauvé. C’est avant tout par du marketing et pas seulement dans les affaires. Mon objectif pour BFM était d’en faire la radio numéro 1 sur l’économie grâce à une équipe de 40 journalistes spécialisés.

Fort de ces succès vous avez décidé de vous diversifier, de passer de NextRadio à NextRadioTV …

Une fois que les deux radios ont trouvé leur équilibre, j’ai répondu à un appel à candidature pour l’entrée de nouvelles chaînes sur la TNT. J’ai proposé une chaîne économique, BFM TV pour ne pas marcher sur les plates-bandes des chaînes existantes (sur le modèle de Bloomberg de CNBC). On a fait un bon travail de lobbying, une présentation soignée et un dossier magnifique sur la forme. Le dossier BFM a remporté l’unanimité car il répondait aux critères du CSA, à savoir privilégier un nouvel entrant. La chaîne a été obtenue en mai 2005 et par la suite une convention a été signée avec l’accord du CSA pour que BFM TV devienne une chaîne généraliste plutôt qu’uniquement économique.

Avez-vous un conseil à donner aux personnes présentes dans la salle qui souhaitent monter leur entreprise ?

On ne devient pas entrepreneur pour être entrepreneur, c’est une occasion qui s’offre à soi. Il faut avoir la fibre et le bon timing. La chance ce n’est pas le hasard, c’est de l’anticipation.

3 – QUESTIONS D’ACTUALITE :

Nous avons commencé par questionner Alain Weill sur le rapprochement de NextRadioTV avec le groupe Altice de Patrick Drahi. Il nous a alors expliqué que ce projet avait été motivé par la personnalité de monsieur Drahi. Il est très ambitieux et son discours a séduit notre invité. Les ambitions internationales du groupe Altice ont particulièrement séduit le patron de NextRadioTV. De plus, malgré l’importante prise de participation du groupe Altice, Alain Weill conserve pour le moment une réelle autonomie dans la gestion de NextRadioTV.

Ce rapprochement a cependant fait grincer quelques dents, notamment quant au fait d’avoir un groupe très (trop ?) puissant mêlant opérateur téléphonique, presse papier, chaînes de télévision, etc. D’autant plus à l’heure où l’on parle de l’importance stratégique de la convergence entre médias et télécommunications. Alain Weill nous a alors rappelé les relations entre certains grands groupes d’armements et l’industrie médiatique (le groupe Lagardère par exemple). Selon lui, la convergence entre télécommunications et médias ne doit à ce titre pas être vue comme un problème déontologique, voire comme un danger. C’est une convergence stratégiquement intéressante car pour un média, c’est l’assurance d’être bien desservi sur les réseaux. À terme, il est d’ailleurs fortement probable que les réseaux

télécoms deviennent les premiers diffuseurs médiatiques. En revanche, il est effectivement nécessaire de préserver le pluralisme de ces entités pour parer à toutes éventuelles dérives.

Ensuite, nous avons abordé le thème du passage en clair de la chaîne d’informations en continu LCI. Alain Weill s’y était fortement opposé, car l’arrivée d’un troisième acteur aurait des conséquences sur les revenus de BFM TV et donc sur son organisation. D’autant plus que l’on parle de l’arrivée d’un 4ème acteur avec la chaine d’informations en continu de France Télévision. Alain Weill redoute une nouvelle concentration entre TF1 (LCI) et France Télévision.

Enfin, nous avons interrogé Alain Weill sur son projet de rachat de la chaine Numéro 23. L’accord avait été conclu mais le CSA s’y est finalement opposé pour diverses raisons. Monsieur Weill nous a donc retracé brièvement les faits. Ensuite, il n’a pas fermé la porte à une éventuelle reprise des discussions si la situation venait à évoluer dans la mesure où il est convaincu par le projet de rapprochement entre NextRadioTV et Numéro 23. Quelques jours après notre conférence, la situation a effectivement évolué et NextRadioTV a annoncé une prise de participation à hauteur de 39% de Numéro 23.

4 – ANIMATION PHOTOS :

Avec la volonté de faire réagir Alain Weill à chaud et en direct, nous lui avons fait défiler des photos de personnalités qui font l’actualité et avec lesquelles il est ou a été en contact récemment.

Suite à la polémique déclenchée par les images de l’émission Le Supplément sur Canal+, nous avons souhaité obtenir son avis sur Stéphane Le Foll – Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Porte-parole du Gouvernement – qui l’avait invectivé (devant les caméras qui suivaient Alain Weill pour un reportage sur son parcours) après un passage sur la matinale de BFM TV / RMC. Alain Weill a répondu que c’était une erreur de la part du Ministre (provenant de mauvaises informations) et que cet incident était plus drôle et mineur qu’autre chose.

Fin 2015, le CSA – présidé par Olivier Schrameck – octroie le droit à la chaîne d’information en continu LCI – groupe TF1 – de passer sur la TNT en gratuit. Réponse d’Alain Weill suite à l’apparition de la photo du Président du CSA : « […] Nous nous devons d’avoir de bonnes relations avec le CSA malgré notre mécontentement pour LCI. Ce n’est pas toujours facile au quotidien. Nous ne devons pas être rancunier, mais au contraire, optimiste ! ».

Après plusieurs années de passage à vide, Cyril Hannouna fait un retour fracassant sur les écrans avec Touche Pas à Mon Poste depuis 2010, mais également sur d’autres émissions de télévision, de radio, …
Commentaires de l’interviewer : « Un beau succès réel et médiatique. Une bonne émission sur D8 mais les audiences ne sont pas non plus démentielles face aux chaînes historiques. [En tant que patron de chaîne], Je pense que c’est un risque pour D8 de tout miser sur lui ».

L’animateur star du 7/9 de France Inter Patrick Cohen est un personnage emblématique des médias. Une réponse brève pour décrire le patron de la première matinale de France : « Un créneau unique, sans publicités et avec beaucoup d’émetteurs. »

Enfin, nous avons souhaité obtenir quelques mots sur Xavier Niel, patron des médias et disrupteur des télécoms en France : « Xavier est un ami. C’était mon client à NRJ lorsqu’il achetait de la publicité pour son site sur le Minitel). Une fortune réalisée à seulement 16 ans. C’est quelqu’un d’exceptionnel, très gentil. Il est très clairement au niveau de Steve Jobs et est extrêmement respecté aux Etats-Unis. Il a inventé la télévision sur Internet. C’est un entrepreneur, quelqu’un qui doit imaginer ce que sera un secteur avant les autres ! ».

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